Moi – Est-ce que je peux venir avec vous dans la jungle ?
Saad – Non, non tu ne peux pas venir, c’est loin, il faut marcher longtemps.
Moi – Ce n’est rien, je veux voir la jungle, c’est important.
Saad – Tu veux faire des photos ?
Moi – Oui, je veux faire des photos, montrer où vous vivez et comment vous vivez.
Saad – D’accord.
Nous quittons la Heighteen hour place pour nous rendre dans la jungle, j’accompagne un groupe de cinq personnes. Nous longeons la zone d’embarquement des ferry, protégée par de hauts grillages. Un groupe de cinq personnes s’est arrêté pour regarder les ferry. Un pompier, prit pour un policier, sème la confusion ; un peu plus loin, des fourgonnettes blanches banalisées sont stationnées. Les réfugiés ne savent pas s’ils doivent tenter le passage. Un certain nombre d’entre eux se met à courir, il n’y pas de réaction en face, les fourgonnettes blanches ne bougent pas, c’était une fausse alerte.
Moi – Cette zone est dangereuse ?
Saad – Oui très dangereuse, la police est très souvent ici.
Moi – C’est pour cela que vous êtes partit parmi les derniers, c’est pour ne pas être pris avec les premiers ?
Saad – Oui.
Après dix minutes à marcher le long de cette route rectiligne, nous bifurquons dans la jungle. Ma présence provoque des interrogations parmi les réfugiés qui marchent avec notre groupe, les tensions commencent à être vives, Zahire Shah qui est avec moi essaye de calmer les choses ; je comprends les mots belgim et journaliste.
Zahire Shah – Vous savez, ils ne sont pas contents que vous soyez là, ils disent que vos photos sont dangereuses. Si vous les donnez à la police, ils seront où nous sommes.
Moi – Je ne travaille pas pour la police, je suis avec vous, je ne leur donnerai rien.
Zahire Shah – Ils disent que si la police vous prend, vous leur direz où nous sommes. Nous leur avons dit que vous étiez journaliste, mais ils n’aiment pas que vous soyez là, ce n’est pas bon.
Moi – Je vais arrêter de prendre des photos.
Zahire Shah – Pas de problème pour les photos, nous avons confiance en vous, nous vous croyons, mais nous devons aller dans une autre jungle maintenant. Nous ne pouvons pas rester ici.
Nous traversons cette jungle, des fourrés épineux éparpillés dans un vaste complexe industriel, puis nous pénétrons dans une forêt pour arriver à une cabane.
Safiullah – Voilà, c’est ici chez nous.
Zahire Shah – C’est ici chez nous. Home sweet home. C’est ici notre vie.
Leur cabane est montée avec des palettes, recouvertes de bâches plastiques et de vieille couverture ; l’intérieur est capitonné de matelas hors d’âge. On trouve de tout dans cette abris : des rations de repas des jours précédents qu’ils vont manger toute la soirée pour prendre les forces nécessaires à deux longues heures de marche et de course, de nombreuses bouteille d’eau pour une vague toilette ou pour les ablutions avant la prière, des bougies, des brosses à dent, des vêtement de rechange.
Ils vont rester là jusqu’à 23 heures environ, à se raconter les histoires du pays, les mauvais camions qui les ont emmenés en Belgique, ils vont rire beaucoup, il vont chanter doucement, une chanson qui revient toujours et dans laquelle et on parle de la femme restée au pays.
A 23 heures, au bruit des autres réfugiés qui quittent la jungle, ils partent vers les parkings à deux heures de marche et qui sait, demain, ils dormiront à Londres.
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