17 heures 30, je me dirige vers la heighteen hour place. De longues rues rectilignes à parcourir. Une voiture klaxonne en passant près de moi, c’est Mamy qui arrive en sens inverse.
Elle – La police est au bout de la rue, ils en ont attrapé cinq, monte avec moi on va prévenir les autres.
De retour sur la fourteen hour place. Mamy prévient ceux qui sont là. Quelques minutes plus tard, un car de CRS entre sur la place, tous les réfugiés se regroupent autour de Mamy et de sa voiture. Une centaine de personnes qui accourent. Une dizaine de réfugiés se sont entassé dans la voiture. Le car fait le tour du parking, trois CRS dedans, des regards de prédateur. Le car s’arrête.
– S’ils sortent et qu’ils mettent leurs gants c’est foutu.
Mamy sort sont téléphone portable et son appareil photo.
– Qu’est-ce que je fous moi toute seule. S’ils sortent et qu’ils mettent leurs gants …
Les CRS ne sortent pas, ils voulaient juste se montrer, une petite piqûre de rappel.
– Ok les gars, vous faites un seul groupe et tous ensemble on va à la heighteen hour place pour manger. Vous faites un gros groupe compact, ils ne sont que trois, ils ne feront rien. Moi je vais vous suivre en voiture.
Sur le trajet, le car fera deux fois son apparition, roulant au ralentis ; le groupe reste compact.
Immigration Chapitre 2 - Calais - 7
11 heures sur la fourteen hour place, à 200m de l’Hôtel de ville de Calais. Environ 50 réfugiés sont éparpillés sur cette grande dalle de béton. Un attroupement se forme autour d’une vieille voiture blanche, c’est l’heure du thé apporté par une bénévole.
Elle – Ils sont peu nombreux aujourd’hui, cette nuit la police a du faire de nombreuses arrestations. Ils sont beaucoup plus nombreux d’habitude à cette heure là.
Les réfugiés lui rapporte les difficultés de la nuit, toujours les mêmes : les courses poursuite dans la jungle, les blessures, la fatigue, Police catch me this night, toujours le même mouvement pour s’expliquer : les poings joints par un lacet imaginaire.
Elle – La police t’as prit cette nuit ?
Lui – Oui dans la jungle, ils m’ont prit, ils m’ont emmené et après une heure ils m’ont dit de partir.
Un autre tend trois feuilles agrafées ensemble à la bénévole :
– Combien de jour Mamy ?
C’est un ordre de quitter le territoire.
Elle – Cinq jours pour quitter le territoire, il te reste trois jours.
Il a passé 2 jours à Coquelles, le Centre de rétention de Calais.
Elle – Il te reste trois jours, pendant trois jours la police ne peut plus te prendre, tu montre le papier et ils doivent te relâcher tout de suite.
Moi – Ils ont la paix pendant trois jours ? Trois jours pour monter dans un camion ?
Elle – La police ne lit même plus les papiers, ils s’en moque.
Elle – Ils sont peu nombreux aujourd’hui, cette nuit la police a du faire de nombreuses arrestations. Ils sont beaucoup plus nombreux d’habitude à cette heure là.
Les réfugiés lui rapporte les difficultés de la nuit, toujours les mêmes : les courses poursuite dans la jungle, les blessures, la fatigue, Police catch me this night, toujours le même mouvement pour s’expliquer : les poings joints par un lacet imaginaire.
Elle – La police t’as prit cette nuit ?
Lui – Oui dans la jungle, ils m’ont prit, ils m’ont emmené et après une heure ils m’ont dit de partir.
Un autre tend trois feuilles agrafées ensemble à la bénévole :
– Combien de jour Mamy ?
C’est un ordre de quitter le territoire.
Elle – Cinq jours pour quitter le territoire, il te reste trois jours.
Il a passé 2 jours à Coquelles, le Centre de rétention de Calais.
Elle – Il te reste trois jours, pendant trois jours la police ne peut plus te prendre, tu montre le papier et ils doivent te relâcher tout de suite.
Moi – Ils ont la paix pendant trois jours ? Trois jours pour monter dans un camion ?
Elle – La police ne lit même plus les papiers, ils s’en moque.
Immigration Chapitre 2 - Calais - 6
La vérité, c’est que l’immigration doit être sérieusement maîtrisée parce que la France n’a plus les moyens d’être un Eldorado
François Fillon, premier ministre français, 23 mai 2007
François Fillon, premier ministre français, 23 mai 2007
Immigration Chapitre 2 - Calais - 5
Aziz Ahmad, 20 ans, Pakistan.
Javed, 21 ans, Afghanistan.
Hahous, 21 ans, Afghanistan.
Inconnu, 10 ans, Afghanistan.
Zahire Shah, 22 ans, 2 femmes, 3 enfants, Pakistan.
Saad, 21 ans, Pakistan.
Inconnu, environ 40 ans, Afghanistan.
Shirali, 18 ans, 1 femme, 2 enfants, Afghanistan.
Inconnu, Erythrée.
Safiullah, 18 ans, Afghanistan.
John Mohamad, 10 ans, Pakistan.
Inconnu, 12 ans.
Reza Khan, 15 ans, Pakistan.
Arif Khan, 20 ans, Afghanistan.
Inconnu, 20 ans, Soudan.
Abdullah, 17 ans, Afghanistan.
Isa Khan, 22 ans, Afghanistan.
Ghar Zay, 21 ans, Afghanistan.
Inconnu, 15 ans.
Sadiq, 22 ans, Afghanistan.
Inconnu, 21 ans, Niger.
Javed, 21 ans, Afghanistan.
Hahous, 21 ans, Afghanistan.
Inconnu, 10 ans, Afghanistan.
Zahire Shah, 22 ans, 2 femmes, 3 enfants, Pakistan.
Saad, 21 ans, Pakistan.
Inconnu, environ 40 ans, Afghanistan.
Shirali, 18 ans, 1 femme, 2 enfants, Afghanistan.
Inconnu, Erythrée.
Safiullah, 18 ans, Afghanistan.
John Mohamad, 10 ans, Pakistan.
Inconnu, 12 ans.
Reza Khan, 15 ans, Pakistan.
Arif Khan, 20 ans, Afghanistan.
Inconnu, 20 ans, Soudan.
Abdullah, 17 ans, Afghanistan.
Isa Khan, 22 ans, Afghanistan.
Ghar Zay, 21 ans, Afghanistan.
Inconnu, 15 ans.
Sadiq, 22 ans, Afghanistan.
Inconnu, 21 ans, Niger.
Immigration Chapitre 2 - Calais - 4
Moi – Est-ce que je peux venir avec vous dans la jungle ?
Saad – Non, non tu ne peux pas venir, c’est loin, il faut marcher longtemps.
Moi – Ce n’est rien, je veux voir la jungle, c’est important.
Saad – Tu veux faire des photos ?
Moi – Oui, je veux faire des photos, montrer où vous vivez et comment vous vivez.
Saad – D’accord.
Nous quittons la Heighteen hour place pour nous rendre dans la jungle, j’accompagne un groupe de cinq personnes. Nous longeons la zone d’embarquement des ferry, protégée par de hauts grillages. Un groupe de cinq personnes s’est arrêté pour regarder les ferry. Un pompier, prit pour un policier, sème la confusion ; un peu plus loin, des fourgonnettes blanches banalisées sont stationnées. Les réfugiés ne savent pas s’ils doivent tenter le passage. Un certain nombre d’entre eux se met à courir, il n’y pas de réaction en face, les fourgonnettes blanches ne bougent pas, c’était une fausse alerte.
Moi – Cette zone est dangereuse ?
Saad – Oui très dangereuse, la police est très souvent ici.
Moi – C’est pour cela que vous êtes partit parmi les derniers, c’est pour ne pas être pris avec les premiers ?
Saad – Oui.
Après dix minutes à marcher le long de cette route rectiligne, nous bifurquons dans la jungle. Ma présence provoque des interrogations parmi les réfugiés qui marchent avec notre groupe, les tensions commencent à être vives, Zahire Shah qui est avec moi essaye de calmer les choses ; je comprends les mots belgim et journaliste.
Zahire Shah – Vous savez, ils ne sont pas contents que vous soyez là, ils disent que vos photos sont dangereuses. Si vous les donnez à la police, ils seront où nous sommes.
Moi – Je ne travaille pas pour la police, je suis avec vous, je ne leur donnerai rien.
Zahire Shah – Ils disent que si la police vous prend, vous leur direz où nous sommes. Nous leur avons dit que vous étiez journaliste, mais ils n’aiment pas que vous soyez là, ce n’est pas bon.
Moi – Je vais arrêter de prendre des photos.
Zahire Shah – Pas de problème pour les photos, nous avons confiance en vous, nous vous croyons, mais nous devons aller dans une autre jungle maintenant. Nous ne pouvons pas rester ici.
Nous traversons cette jungle, des fourrés épineux éparpillés dans un vaste complexe industriel, puis nous pénétrons dans une forêt pour arriver à une cabane.
Safiullah – Voilà, c’est ici chez nous.
Zahire Shah – C’est ici chez nous. Home sweet home. C’est ici notre vie.
Leur cabane est montée avec des palettes, recouvertes de bâches plastiques et de vieille couverture ; l’intérieur est capitonné de matelas hors d’âge. On trouve de tout dans cette abris : des rations de repas des jours précédents qu’ils vont manger toute la soirée pour prendre les forces nécessaires à deux longues heures de marche et de course, de nombreuses bouteille d’eau pour une vague toilette ou pour les ablutions avant la prière, des bougies, des brosses à dent, des vêtement de rechange.
Ils vont rester là jusqu’à 23 heures environ, à se raconter les histoires du pays, les mauvais camions qui les ont emmenés en Belgique, ils vont rire beaucoup, il vont chanter doucement, une chanson qui revient toujours et dans laquelle et on parle de la femme restée au pays.
A 23 heures, au bruit des autres réfugiés qui quittent la jungle, ils partent vers les parkings à deux heures de marche et qui sait, demain, ils dormiront à Londres.
Saad – Non, non tu ne peux pas venir, c’est loin, il faut marcher longtemps.
Moi – Ce n’est rien, je veux voir la jungle, c’est important.
Saad – Tu veux faire des photos ?
Moi – Oui, je veux faire des photos, montrer où vous vivez et comment vous vivez.
Saad – D’accord.
Nous quittons la Heighteen hour place pour nous rendre dans la jungle, j’accompagne un groupe de cinq personnes. Nous longeons la zone d’embarquement des ferry, protégée par de hauts grillages. Un groupe de cinq personnes s’est arrêté pour regarder les ferry. Un pompier, prit pour un policier, sème la confusion ; un peu plus loin, des fourgonnettes blanches banalisées sont stationnées. Les réfugiés ne savent pas s’ils doivent tenter le passage. Un certain nombre d’entre eux se met à courir, il n’y pas de réaction en face, les fourgonnettes blanches ne bougent pas, c’était une fausse alerte.
Moi – Cette zone est dangereuse ?
Saad – Oui très dangereuse, la police est très souvent ici.
Moi – C’est pour cela que vous êtes partit parmi les derniers, c’est pour ne pas être pris avec les premiers ?
Saad – Oui.
Après dix minutes à marcher le long de cette route rectiligne, nous bifurquons dans la jungle. Ma présence provoque des interrogations parmi les réfugiés qui marchent avec notre groupe, les tensions commencent à être vives, Zahire Shah qui est avec moi essaye de calmer les choses ; je comprends les mots belgim et journaliste.
Zahire Shah – Vous savez, ils ne sont pas contents que vous soyez là, ils disent que vos photos sont dangereuses. Si vous les donnez à la police, ils seront où nous sommes.
Moi – Je ne travaille pas pour la police, je suis avec vous, je ne leur donnerai rien.
Zahire Shah – Ils disent que si la police vous prend, vous leur direz où nous sommes. Nous leur avons dit que vous étiez journaliste, mais ils n’aiment pas que vous soyez là, ce n’est pas bon.
Moi – Je vais arrêter de prendre des photos.
Zahire Shah – Pas de problème pour les photos, nous avons confiance en vous, nous vous croyons, mais nous devons aller dans une autre jungle maintenant. Nous ne pouvons pas rester ici.
Nous traversons cette jungle, des fourrés épineux éparpillés dans un vaste complexe industriel, puis nous pénétrons dans une forêt pour arriver à une cabane.
Safiullah – Voilà, c’est ici chez nous.
Zahire Shah – C’est ici chez nous. Home sweet home. C’est ici notre vie.
Leur cabane est montée avec des palettes, recouvertes de bâches plastiques et de vieille couverture ; l’intérieur est capitonné de matelas hors d’âge. On trouve de tout dans cette abris : des rations de repas des jours précédents qu’ils vont manger toute la soirée pour prendre les forces nécessaires à deux longues heures de marche et de course, de nombreuses bouteille d’eau pour une vague toilette ou pour les ablutions avant la prière, des bougies, des brosses à dent, des vêtement de rechange.
Ils vont rester là jusqu’à 23 heures environ, à se raconter les histoires du pays, les mauvais camions qui les ont emmenés en Belgique, ils vont rire beaucoup, il vont chanter doucement, une chanson qui revient toujours et dans laquelle et on parle de la femme restée au pays.
A 23 heures, au bruit des autres réfugiés qui quittent la jungle, ils partent vers les parkings à deux heures de marche et qui sait, demain, ils dormiront à Londres.
Immigration Chapitre 2 - Calais - 3
Saisine n°2005-29
Avis de recommandations de la Commission nationale de déontologie de la sécurité.
A la suite de la saisine, le 23 mars 2005 par Mme Marie-Christine Blandin, Sénatrice du Nord.
Il parait opportun à la Commission qu’il soit rappelé aux forces d’intervention, notamment aux CRS, qu’elles doivent considérer comme normale l’attention que des citoyens peuvent porter à leur mode d’action. Le fait d’être photographié ou filmé durant leurs interventions ne peut constituer aucune gène pour les policiers soucieux du respect des règles déontologiques.
Avis de recommandations de la Commission nationale de déontologie de la sécurité.
A la suite de la saisine, le 23 mars 2005 par Mme Marie-Christine Blandin, Sénatrice du Nord.
Il parait opportun à la Commission qu’il soit rappelé aux forces d’intervention, notamment aux CRS, qu’elles doivent considérer comme normale l’attention que des citoyens peuvent porter à leur mode d’action. Le fait d’être photographié ou filmé durant leurs interventions ne peut constituer aucune gène pour les policiers soucieux du respect des règles déontologiques.
Immigration Chapitre 2 - Calais - 2
Le premier – Qui c’est ?
Le second – C’est un journaliste, il vient de Belgique.
Le premier – C’est facile la Belgique ? C’est facile les papiers en Belgique ? Ils donnent des papiers en Belgique ?
Moi – Non, c’est pareil qu’ici. C’est difficile dans toute l’Europe.
Le second – Mais la police c’est mieux en Belgique, ils sont gentils la police en Belgique.
Moi – C’est vrai ?
Le second – Oui, j’étais en Belgique la semaine dernière et la police ils m’ont donné une chaise, ils m’ont dis de m’asseoir. Et puis ils m’ont dit de partir.
Moi – Vous veniez de Belgique ?
Le premier – Il n’a pas prit le bon camion, il a prit un camion qui allait en Belgique.
Moi – Vous vous êtes trompé de camion ?
Le second – Non, mais le camion il allait en Belgique, j’ai du revenir à Dunkerque. Je suis revenu à pieds. Huit heures pour revenir.
Moi – C’est pas vrai !
Le second – Oui et après j’ai pris le train, pas d’argent, j’ai pris le train et je suis revenu ici à Calais.
Moi – Ca arrive souvent de prendre le mauvais camion ?
Le premier – Oui, ça arrive. Des fois les camions vont en Allemagne et il faut revenir ici.
Le troisième – Et en Suède, c’est facile en Suède ? Ils donnent des papiers en Suède ?
Moi – Je ne sais pas.
Le troisième – Il faut passer par où pour aller en Suède ?
Moi – Par la Belgique (je dessine une carte dans la poussière). Par la Belgique, puis l’Allemagne, la Pologne.
Le troisième – C’est très loin.
Moi – Oui, c’est plus loin que pour Douvres. Calais-Douvres c’est 36km.
Le second – C’est vrai, c’est que 36km ?
Moi – Oui, 36km de mer.
Le second – Il y a des requins dans la mer ?
Moi – Non, pas de requin, mais il ne faut pas y aller en nageant, c’est très dangereux.
Le troisième – Et avec un petit bateaux, c’est possible ?
Moi – Non c’est très dangereux, c’est la zone de passage la plus fréquentée du monde, de très gros bateaux qui passent sans arrêt. Et puis il y a les gardes côtes.
Le premier – La Belgique c’est grand ?
Moi – Non pas très grand. C’est tout petit.
Le premier – Et en Hollande c’est facile les papiers en Hollande ?
Le second – C’est un journaliste, il vient de Belgique.
Le premier – C’est facile la Belgique ? C’est facile les papiers en Belgique ? Ils donnent des papiers en Belgique ?
Moi – Non, c’est pareil qu’ici. C’est difficile dans toute l’Europe.
Le second – Mais la police c’est mieux en Belgique, ils sont gentils la police en Belgique.
Moi – C’est vrai ?
Le second – Oui, j’étais en Belgique la semaine dernière et la police ils m’ont donné une chaise, ils m’ont dis de m’asseoir. Et puis ils m’ont dit de partir.
Moi – Vous veniez de Belgique ?
Le premier – Il n’a pas prit le bon camion, il a prit un camion qui allait en Belgique.
Moi – Vous vous êtes trompé de camion ?
Le second – Non, mais le camion il allait en Belgique, j’ai du revenir à Dunkerque. Je suis revenu à pieds. Huit heures pour revenir.
Moi – C’est pas vrai !
Le second – Oui et après j’ai pris le train, pas d’argent, j’ai pris le train et je suis revenu ici à Calais.
Moi – Ca arrive souvent de prendre le mauvais camion ?
Le premier – Oui, ça arrive. Des fois les camions vont en Allemagne et il faut revenir ici.
Le troisième – Et en Suède, c’est facile en Suède ? Ils donnent des papiers en Suède ?
Moi – Je ne sais pas.
Le troisième – Il faut passer par où pour aller en Suède ?
Moi – Par la Belgique (je dessine une carte dans la poussière). Par la Belgique, puis l’Allemagne, la Pologne.
Le troisième – C’est très loin.
Moi – Oui, c’est plus loin que pour Douvres. Calais-Douvres c’est 36km.
Le second – C’est vrai, c’est que 36km ?
Moi – Oui, 36km de mer.
Le second – Il y a des requins dans la mer ?
Moi – Non, pas de requin, mais il ne faut pas y aller en nageant, c’est très dangereux.
Le troisième – Et avec un petit bateaux, c’est possible ?
Moi – Non c’est très dangereux, c’est la zone de passage la plus fréquentée du monde, de très gros bateaux qui passent sans arrêt. Et puis il y a les gardes côtes.
Le premier – La Belgique c’est grand ?
Moi – Non pas très grand. C’est tout petit.
Le premier – Et en Hollande c’est facile les papiers en Hollande ?
Immigration Chapitre 2 - Calais - 1
Moi – Ce soir vous allez essayer de passer en Angleterre ?
Lui – Ce soir, oui, ce soir je passe.
Moi – Vous essayez tous les soirs ?
Lui – Oui, tous les soirs. Mais pas le week-end, il n’y a pas de passage, les camions ne passent pas.
Moi – Vous avez déjà souvent essayé ?
Lui – Dix fois je crois.
Moi – Il faut payer pour chaque passage ?
Lui – Oui je paye.
Moi – Vous êtes obligé de payer pour passer ?
Lui – Non mais si le passeur te voit monter dans le camion, il te sort et il te frappe.
Moi – Combien de temps déjà à Calais ?
Lui – Un mois je crois.
Moi – Et votre voyage, combien de temps ?
Lui – Un an, j’ai quitté il y a un an. L’Afghanistan.
Moi – Vous avez de la famille là-bas ?
Lui – Oui, ma mère. Mes grands frères sont morts, mon père est mort. C’est la guerre.
Moi – Vous connaissez des gens en Angleterre ?
Lui – Il y a des cousins, et puis mon petit frère qui est là-bas.
Lui – Ce soir, oui, ce soir je passe.
Moi – Vous essayez tous les soirs ?
Lui – Oui, tous les soirs. Mais pas le week-end, il n’y a pas de passage, les camions ne passent pas.
Moi – Vous avez déjà souvent essayé ?
Lui – Dix fois je crois.
Moi – Il faut payer pour chaque passage ?
Lui – Oui je paye.
Moi – Vous êtes obligé de payer pour passer ?
Lui – Non mais si le passeur te voit monter dans le camion, il te sort et il te frappe.
Moi – Combien de temps déjà à Calais ?
Lui – Un mois je crois.
Moi – Et votre voyage, combien de temps ?
Lui – Un an, j’ai quitté il y a un an. L’Afghanistan.
Moi – Vous avez de la famille là-bas ?
Lui – Oui, ma mère. Mes grands frères sont morts, mon père est mort. C’est la guerre.
Moi – Vous connaissez des gens en Angleterre ?
Lui – Il y a des cousins, et puis mon petit frère qui est là-bas.
Immigration Chapitre 3/13
Au plan interne enfin, nous conforterons la politique d’immigration choisie, c’est-à-dire une politique équilibrée qui reconnaît les apports de l’immigration à notre pays, mais dans un cadre maîtrisé, compatible avec nos capacités d’accueil et l’intérêt des pays d’origine, et qui permet l’intégration. Nous fixerons des plafonds annuels d’immigration selon les différentes voies d’entrée et poursuivrons le rééquilibrage des flux d’immigration économique par rapport à l’immigration familiale. Les conditions du regroupement familial (revenu, logement, connaissance du français) doivent être plus rigoureuses pour que vivre en France soit un projet fondé sur le travail, pas sur le bénéfice de prestations sociales.
Projet de l’UMP, 2006 (extrait)
Projet de l’UMP, 2006 (extrait)
Immigration Chapitre 3/12
(…) L'entrée est un garage sombre et sale. Cécilia fait la visite. «Alors ici, c'est chez ma voisine handicapée.» Elle montre un box, d'où sort une odeur d'urine de chat. Pas de fenêtre, illégal. Du moisi partout dans la salle de bains. Les tuyaux à nu, la baignoire branlante. Pas de pomme de douche, juste un tuyau. «On a l'eau chaude que deux jours par semaine, à cause de la fuite, il ne veut pas la réparer.» La fuite : une gigantesque flaque au milieu de la salle de bains. «On remet l'eau chaude en douce, mais il peut débarquer à tout moment, et les gens ont peur de lui.» Un matin, il a débarqué dans la cuisine située de l'autre côté du garage, au bout d'un dédale de couloirs et d'escaliers, dans le noir absolu et il a pris les plaques chauffantes. Si un locataire ne paie pas, il frappe, entre chez lui et se sert : et hop, le magnétoscope. Chez Nathalie, 30 ans, mère seule avec cinq enfants, il pleut dans la cuisine. Et la fenêtre de la chambre du haut ne ferme pas. «On dort à six dans la même chambre, l'hiver, il fait trop froid.»
Libération, Jeudi 7 septembre 2006
Libération, Jeudi 7 septembre 2006
Immigration Chapitre 3/11
Moi – Qu’est-ce que les politiques vous disent lorsque vous témoignez de ce que vous voyez, les phénomènes de surpopulation, d’exploitation de la détresse et de la vulnérabilité des immigrés ; les marchands de sommeil ?
Le travailleur social – Ils nous répondent qu’ils n’ont pas demandé à ces gens de venir, qu’ils n’ont pas été invités ici, qu’ils ne répondent pas à un besoin économique. Ils nous répondent qu’ils ne peuvent pas faire grand-chose pour les aider.
Le travailleur social – Ils nous répondent qu’ils n’ont pas demandé à ces gens de venir, qu’ils n’ont pas été invités ici, qu’ils ne répondent pas à un besoin économique. Ils nous répondent qu’ils ne peuvent pas faire grand-chose pour les aider.
Immigration Chapitre 3/10
« J’appelle au bled tous les deux jours. Je ne leur dis pas que je suis dans la merde, ça les rendrait tristes. Je regrette d’être venu ici, d’avoir connu ce monde. Il est douloureux. Mais il est mieux. Il y a tout pour avoir une vie normale. Là-bas, c’est la misère. On ne se sent pas libre. Quand tu marches avec une fille, les gens te regardent. Si je retourne là-bas, les gens vont dire : Il n’a pas réussi, c’est un fainéant, il était au pays du travail et de la liberté. Si je suis arrêté ? Non je ne dirai pas d’où je viens. Je ne retournerai pas là-bas, jamais. Jamais. »
Libération, Mardi 24 octobre 2006
Libération, Mardi 24 octobre 2006
Immigration Chapitre 3/9
L'objectif que nous nous assignons, compte tenu de la gravité de la situation économique, c'est de tendre vers une immigration zéro. " Zéro immigré ", c'est naturellement irréalisable car notre économie peut avoir besoin de telle ou telle catégorie d'étrangers, ici ou là. Mais ce doit être la tendance. Notre devoir est de réduire au maximum les flux. La seule manière de résoudre le problème de l'intégration est de maîtriser l'immigration. L'aggravation de la situation en Europe et dans le monde fait que notre pays ne peut continuer à constituer une sorte de paradis ou d'oasis dans lequel les autres veulent s'installer.
Charles Pasqua, Le Monde, 2 juin 1993
Charles Pasqua, Le Monde, 2 juin 1993
Immigration Chapitre 3/8
– On peut y vivre ! Y a pas de problème, ici on peut y vivre.
– …
– Quand ça a brûlé au deuxième, un expert d’assurance est venu, on peut y vivre ! c’est ce qu’il a dit. Les pompiers ont tout noyé sous la flotte, les murs ont tout absorbé, mais pas de problème, on peut y vivre ! Y a pas d’eau chaude, l’électricité est pourrie, la maison est bouffée par les champignons, c’est dangereux, mais bon, il y a du double vitrage sur les fenêtres de façade alors pour nous c’est OK, on peut y vivre !
Au deuxième étage, un appartement inondé, les plafonds éventrés, une fenêtre qui n’existe plus : un incendie s’est déclaré dans une maison voisine et s’est propagé par l’intérieur d’un mur. C’était l’appartement d’une jeune femme et de sa fille de 4 ans. Le soir de l’incendie, la mairie les a relogé pour la nuit et puis après…
– A Lille il y a 800 familles sans logement, alors là ça fait 801. Ils ne feront rien.
La petite est partie vivre chez son père, la jeune femme a trouvé une place temporaire dans un foyer, elle garde le moral.
– Moi j’attends que le proprio vienne bâcher le toit, je nettoie tout et je reviens vivre ici. Et puis j’irai les faire chier à la mairie jusqu’à ce qu’il me donne un appartement en HLM, j’y ai droit… Avant c’était déjà l’horreur, pas d’eau chaude pas de chauffage… avec ma fille j’y ai droit. La vie ici, c’est comme au bled, je me lave dans une bassine avec de l’eau que je réchauffe – c’est ça la France, c’est l’Afrique ; elle avait raison la gonzesse, c’est ça la France.
– …
– Quand ça a brûlé au deuxième, un expert d’assurance est venu, on peut y vivre ! c’est ce qu’il a dit. Les pompiers ont tout noyé sous la flotte, les murs ont tout absorbé, mais pas de problème, on peut y vivre ! Y a pas d’eau chaude, l’électricité est pourrie, la maison est bouffée par les champignons, c’est dangereux, mais bon, il y a du double vitrage sur les fenêtres de façade alors pour nous c’est OK, on peut y vivre !
Au deuxième étage, un appartement inondé, les plafonds éventrés, une fenêtre qui n’existe plus : un incendie s’est déclaré dans une maison voisine et s’est propagé par l’intérieur d’un mur. C’était l’appartement d’une jeune femme et de sa fille de 4 ans. Le soir de l’incendie, la mairie les a relogé pour la nuit et puis après…
– A Lille il y a 800 familles sans logement, alors là ça fait 801. Ils ne feront rien.
La petite est partie vivre chez son père, la jeune femme a trouvé une place temporaire dans un foyer, elle garde le moral.
– Moi j’attends que le proprio vienne bâcher le toit, je nettoie tout et je reviens vivre ici. Et puis j’irai les faire chier à la mairie jusqu’à ce qu’il me donne un appartement en HLM, j’y ai droit… Avant c’était déjà l’horreur, pas d’eau chaude pas de chauffage… avec ma fille j’y ai droit. La vie ici, c’est comme au bled, je me lave dans une bassine avec de l’eau que je réchauffe – c’est ça la France, c’est l’Afrique ; elle avait raison la gonzesse, c’est ça la France.
Immigration Chapitre 3/7
Notre problème, ce n'est pas les étrangers, c'est qu'il y a overdose. C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs [...] Comment voulez-vous que le travailleur français qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler... si vous ajoutez le bruit et l'odeur, hé bien le travailleur français sur le palier devient fou. Et ce n'est pas être raciste que de dire cela...
Jacques Chirac, juin 1991
Jacques Chirac, juin 1991
Immigration Chapitre 3/6
Monsieur K***, éthiopien, « en situation régulière, je travaille comme informaticien dans un magasin. D’abord sans papier et maintenant un titre de séjour pour un an. Tous les ans il faut remettre un tampon. » Il sont cinq dans un appartement des services sociaux, les deux parents et leurs trois jeunes enfants. « Il sont tous nés ici. Avant on vivait dans une seule pièce , maintenant c’est mieux mais c’est encore trop petit. Et puis on va faire venir nos deux autres enfants d’Ethiopie, une fille et un garçon, de … de 14 et 13 ans. Là bas c’est la guerre, depuis 15 ans, une guerre entre les différentes ethnies. Ils vont venir ici, avec nous, ce sera mieux pour eux. » Je lui explique ce que je fait, que j’aimerai le prendre en photo avec sa femme et ses enfants, « vous savez nous les éthiopiens on aime pas la photo, vous savez vous ne trouverez pas d’éthiopien qui aimeront être pris en photo. » Je lui explique que je comprends mais que ce serai bien qu’on puisse les voir quand même, que je veux photographier les gens qui vivent dans les appartements, pas seulement les appartements et le mobilier. Je lui montre des photos que j’ai déjà faite, « Vous savez, ce que l’on peut faire c’est que vous cachiez votre visage pour qu’on ne vous reconnaisse pas. » Il regarde les photos, voit d’autres personnes photographiées qui ont elles aussi masqué leur visage. « Oui, je crois que comme ça on pourrait être d’accord, mais je ne crois pas pour ma femme. » Il regarde encore les photos. « Je pourrai vous prendre avec vos enfants, dans votre chambre ? » Il regarde les photos, les montre à sa femme, lui parle en arabe, elle répond de manière ferme, peut-être de manière autoritaire. Depuis le début cette femme m’intrigue, à la fois absente mais dominatrice, sorte d’autorité morale de la famille. Elle regarde les photos avec distance, sans vraiment les voir. Elle les lui rend, ils parlent en arabe encore. « Oui je crois que c’est bon, vous pouvez me prendre en photo avec les enfants dans la chambre. »
Immigration Chapitre 3/5
Serge Blisko, PS – Comme l’a excellemment démontré tout à l’heure M.Roman, vous les vouez à une situation que le père spirituel de M.Sarkozy a mise en place depuis maintenant une vingtaine d’années, je veux parler des «ni-ni » de M.Pasqua : ni expulsables, ni régularisables, c’est-à-dire une masse de femmes, d’enfants, de jeunes et d’adultes. Dès lors, on aboutit à des problèmes qui nous poursuivront encore pendant des dizaines d’années parce qu’ils ne partiront pas puisqu’ils sont intégrés de facto à la France.
Christian Vanneste, UMP – Selon vous, parce qu’ils ont enfreint la loi pendant dix ans, ils sont intégrés ?
Serge Blisko, PS – De la même manière, vous condamnez les personnes qui n’ont pas les bons papiers au bon moment – je n’aime pas le terme de sans-papiers – (Exclamations et rires sur les bancs du groupe de l ’Union pour un mouvement populaire.)
Jérôme Rivière, UMP – C’est de la dialectique !
Serge Blisko, PS –....à la précarité, au travail clandestin, à un logement indigne, aux marchands de sommeil, à une existence de fantômes dans nos villes.
Christian Vanneste, UMP – À quoi sert-il de faire une loi ?
Bernard Roman, PS – Monsieur Vanneste, avez-vous déjà vu les files d’attente dans les préfectures ? On n’a pas les moyens de les recevoir !
Jean-Pierre Brard, PCF – Souvenez-vous de vos grands-parents, mesdames, messieurs du groupe UMP !
Arlette Franco, UMP – Justement !
Jean-Pierre Brard, PCF – Vous les reniez !
Serge Blisko, PS – M.Sarkozy parlait cet après-midi avec beaucoup d’émotion des incendies d’août 2005. Mais on est toujours dans la même situation. Récemment, dans le 13e arrondissement dont je suis maire, la préfecture de police a procédé à l’expulsion d’un immeuble qu’elle avait longtemps refusé de reconnaître comme insalubre. Croyez-vous qu’il y avait une solution de relogement ? Savez-vous où ils sont ? Ils campent dans le jardin d’à côté. Rien n’a été prévu ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l ’Union pour un mouvement populaire.)
Bernard Roman, PS – C’est scandaleux !
Jean-Marie Le Guen, PS – Sangatte à Paris : voilà la réalité !
Richard Mallié, UMP – Il faut les accueillir dans les jardins de la mairie ! Que fait le maire ?
Assemblée Nationale, compte rendu intégral,
3ème séance du mardi 2 mai 2006 (extrait)
Christian Vanneste, UMP – Selon vous, parce qu’ils ont enfreint la loi pendant dix ans, ils sont intégrés ?
Serge Blisko, PS – De la même manière, vous condamnez les personnes qui n’ont pas les bons papiers au bon moment – je n’aime pas le terme de sans-papiers – (Exclamations et rires sur les bancs du groupe de l ’Union pour un mouvement populaire.)
Jérôme Rivière, UMP – C’est de la dialectique !
Serge Blisko, PS –....à la précarité, au travail clandestin, à un logement indigne, aux marchands de sommeil, à une existence de fantômes dans nos villes.
Christian Vanneste, UMP – À quoi sert-il de faire une loi ?
Bernard Roman, PS – Monsieur Vanneste, avez-vous déjà vu les files d’attente dans les préfectures ? On n’a pas les moyens de les recevoir !
Jean-Pierre Brard, PCF – Souvenez-vous de vos grands-parents, mesdames, messieurs du groupe UMP !
Arlette Franco, UMP – Justement !
Jean-Pierre Brard, PCF – Vous les reniez !
Serge Blisko, PS – M.Sarkozy parlait cet après-midi avec beaucoup d’émotion des incendies d’août 2005. Mais on est toujours dans la même situation. Récemment, dans le 13e arrondissement dont je suis maire, la préfecture de police a procédé à l’expulsion d’un immeuble qu’elle avait longtemps refusé de reconnaître comme insalubre. Croyez-vous qu’il y avait une solution de relogement ? Savez-vous où ils sont ? Ils campent dans le jardin d’à côté. Rien n’a été prévu ! (Exclamations sur les bancs du groupe de l ’Union pour un mouvement populaire.)
Bernard Roman, PS – C’est scandaleux !
Jean-Marie Le Guen, PS – Sangatte à Paris : voilà la réalité !
Richard Mallié, UMP – Il faut les accueillir dans les jardins de la mairie ! Que fait le maire ?
Assemblée Nationale, compte rendu intégral,
3ème séance du mardi 2 mai 2006 (extrait)
Immigration Chapitre 3/4
(…)
– Vous habitez toujours boulevard Lemonier ? … Rue de l’Instruction maintenant ? … Je peux passer faire des photos ? … Très bien, dans vingt minutes.
Rue de l’Instruction, chez Madame K***. Deux pièces et une cuisine-couloir-hall d’entrée. Un pot est posé au milieu de la chambre.
– Vous avez des infiltrations d’eau ?
Elle n’a pas le temps de répondre, un mince filet d’eau coule du plafond comme d’un robinet mal fermé, un filet d’eau régulier, hypnotisant.
– C’est quand les voisins prennent leur douche, l’eau coule du plafond dans ma chambre, c’est tous les jours comme ça, c’est depuis deux mois.
Le pot se rempli rapidement. A un mètre de là, un bébé dort dans un lit à barreau.
– Vous avez prévenu le propriétaire ?
– Oui, il a dit qu’il ferait les réparations, mais rien n’est fait et maintenant il est parti en vacance. C’est pareil pour mes voisins du dessous, quand je me douche, ça coule sur leur pallier, à l’intérieur. On ne peut rien faire, on ne peut pas ne pas se laver.
– Lorsque vous étiez au boulevard Lemonier, c’était pire ?
– Oui pire qu’ici, je n’avais qu’une pièce.
– Vous vivez seule avec vos deux enfants ?
– Non, mon mari aussi ; là il est en Afrique.
– Vous vivez en Belgique depuis longtemps ?
– Non, depuis 2000, je suis venu avec le regroupement familial.
– Vous habitez toujours boulevard Lemonier ? … Rue de l’Instruction maintenant ? … Je peux passer faire des photos ? … Très bien, dans vingt minutes.
Rue de l’Instruction, chez Madame K***. Deux pièces et une cuisine-couloir-hall d’entrée. Un pot est posé au milieu de la chambre.
– Vous avez des infiltrations d’eau ?
Elle n’a pas le temps de répondre, un mince filet d’eau coule du plafond comme d’un robinet mal fermé, un filet d’eau régulier, hypnotisant.
– C’est quand les voisins prennent leur douche, l’eau coule du plafond dans ma chambre, c’est tous les jours comme ça, c’est depuis deux mois.
Le pot se rempli rapidement. A un mètre de là, un bébé dort dans un lit à barreau.
– Vous avez prévenu le propriétaire ?
– Oui, il a dit qu’il ferait les réparations, mais rien n’est fait et maintenant il est parti en vacance. C’est pareil pour mes voisins du dessous, quand je me douche, ça coule sur leur pallier, à l’intérieur. On ne peut rien faire, on ne peut pas ne pas se laver.
– Lorsque vous étiez au boulevard Lemonier, c’était pire ?
– Oui pire qu’ici, je n’avais qu’une pièce.
– Vous vivez seule avec vos deux enfants ?
– Non, mon mari aussi ; là il est en Afrique.
– Vous vivez en Belgique depuis longtemps ?
– Non, depuis 2000, je suis venu avec le regroupement familial.
Immigration Chapitre 3/3
Rue des Commerçants. On monte les escaliers, Madame D*** nous attend au deuxième étage. Elle est là sur le pas de la porte de son « appartement ». Un choc. Je rentre dans une pièce de 9m², un lit une armoire, un frigo, la télévision, Madame D***, ses deux enfants de 2 et 5 ans.
– Vous avez une autre pièce ?
– Non, c’est tout, une seule pièce.
– Vous vivez ici à trois ?
– Oui, avec mes deux enfants dans cette pièce.
– Vous avez une cuisine, un endroit pour faire à manger ?
– Il y a un lavabo et une cuisinière là, derrière l’armoire.
Le lavabo et la cuisinière ne sont pas accessibles ; pour pouvoir ouvrir les portes de son armoire, madame D*** l’a placée contre le bloc cuisine. En tendant le bras, un cruchon à la main, en glissant le haut du corps derrière l’armoire, elle me montre comment elle parvient à tirer de l’eau froide.
– Mais je peux faire à manger sur une petite plaque électrique.
– Pas de toilette ni de salle de bain ?
– Si, en bas il y a une douche pour tous, et à l’étage du dessous il y a des toilettes communs.
– Pour toute la maison ? Pour toutes les familles ?
– Oui.
– Combien y a-t-il de familles ici ?
– Trois. Il y a aussi ceux d’en bas, au rez-de-chaussée, mais eux c’est une appartement normal.
– Vous vivez ici depuis longtemps ?
– Cinq ans.
– Votre pays vous manque ?
– Oui. Mais on ne choisit pas.
– Vous avez une autre pièce ?
– Non, c’est tout, une seule pièce.
– Vous vivez ici à trois ?
– Oui, avec mes deux enfants dans cette pièce.
– Vous avez une cuisine, un endroit pour faire à manger ?
– Il y a un lavabo et une cuisinière là, derrière l’armoire.
Le lavabo et la cuisinière ne sont pas accessibles ; pour pouvoir ouvrir les portes de son armoire, madame D*** l’a placée contre le bloc cuisine. En tendant le bras, un cruchon à la main, en glissant le haut du corps derrière l’armoire, elle me montre comment elle parvient à tirer de l’eau froide.
– Mais je peux faire à manger sur une petite plaque électrique.
– Pas de toilette ni de salle de bain ?
– Si, en bas il y a une douche pour tous, et à l’étage du dessous il y a des toilettes communs.
– Pour toute la maison ? Pour toutes les familles ?
– Oui.
– Combien y a-t-il de familles ici ?
– Trois. Il y a aussi ceux d’en bas, au rez-de-chaussée, mais eux c’est une appartement normal.
– Vous vivez ici depuis longtemps ?
– Cinq ans.
– Votre pays vous manque ?
– Oui. Mais on ne choisit pas.
Immigration Chapitre 3/2
Dans certaines pièces, mieux vaut porter un pull. Ou plutôt une, deux, six couvertures pour le plus jeune des locataires de la résidence Puit-au-Bois, rue du même nom, à Lomme qui n’a que deux mois. « Mon fils fait bronchiolite sur bronchiolite. En un mois, je suis allé une fois par semaine chez le médecin », explique Céline, locataire de l’appartement **, entré 1, mère de trois enfants. Un certificat médical atteste que « leur état de santé nécessite du chauffage ». Sa voisine du premier étage, Betty, elle, a passé tout le week-end à l’hôpital avec son fils de quatre mois, « il fait 40° de fièvre. Il ne dort plus la nuit. J’ai été obligé d’installer deux petits chauffages au gaz. Ca m’a couté plus de 200€ à l’achat et je consomme deux bouteilles par semaine à 26,5€ »
La Voix du nord, Mercredi 13 décembre 2006
La Voix du nord, Mercredi 13 décembre 2006
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